Tokyo ne m'a pas accueilli, elle m'a percuté. En sortant de l'avion à Narita, ce n'est pas l'air que j'ai respiré, mais un mur d'humidité à 40°C qui allait devenir mon oxygène forcé pour les mois à venir. Le passage de la climatisation aseptisée de l'avion à la fournaise japonaise a été un traumatisme immédiat pour mon corps. Maux de ventre chroniques, eczéma fulgurant sur les bras... mon organisme hurlait son rejet de ce nouveau climat.

Le premier véritable choc n'a pas été culturel au sens noble, mais administratif et humiliant. Arrivé à la mairie de Chofu, j'ai réalisé que mon diplôme d'ingénieur était un morceau de papier inutile. J'étais un adulte redevenu enfant, incapable de déchiffrer les formulaires empilés devant moi. C'est là, dans cette petite mairie de banlieue, que j'ai appris ma première grande leçon : quand la langue manque, on ne parle plus avec des mots, mais avec des messages.

Le langage des signes, les mimiques, le "Broken English" mélangé à mes trois mots de japonais... c'est devenu ma survie. L'administration japonaise, si rigide en apparence, s'est révélée être un terrain d'exercice de mime grandeur nature. On finit par se comprendre non pas parce qu'on utilise le bon verbe, mais parce qu'on partage la même intention. Chofu m'a appris que la barrière de la langue n'est qu'un voile ; derrière, il reste l'humain et sa capacité infinie à interpréter un regard ou un geste.