La chaleur étouffante et le décalage horaire persistant ont fini par briser mon cycle de sommeil. Je me suis retrouvé condamné à un mode de vie nocturne, où mes journées commençaient quand le monde s'endormait. À 3h du matin, quand le silence de Chofu devient presque palpable, il ne reste qu'un seul refuge : le néon bleu et blanc du Konbini du coin.

C'est une expérience étrange, presque onirique. On sort dans la nuit humide pour aller acheter des gâteaux industriels, des snacks pas très sains qui deviennent des bouées de sauvetage émotionnelles. On mange debout dans sa cuisine à une heure où le corps devrait se réparer, cherchant dans le sucre une consolation à l'insomnie.

Ce cycle était pervers. Mes maux de ventre et mon eczéma ne s'arrangeaient pas avec ce régime de fortune, mais il y avait une satisfaction immense à posséder la ville pour soi seul, dans la lumière artificielle d'un FamilyMart. Tokyo la nuit n'est pas la même ville ; elle est plus douce, plus secrète, et ses supérettes ouvertes 24/24 sont les phares de tous les naufragés du sommeil.