Entre 2019 et 2021, le monde s'est arrêté, et moi avec. À part courir un peu pour m'aérer les poumons, je ne faisais rien. Aucun travail du haut du corps, aucune force réelle. Je pensais être "en forme", mais c'était une illusion de coureur. Quand je suis arrivé en prépa, l'illusion a volé en éclats. Ma première année n'a pas été une question de sport, mais une question de survie. Je n'avais pas pris l'option maths au bac, et je me suis retrouvé à devoir rattraper un retard abyssal. Chaque calorie de mon énergie partait dans les théorèmes et les équations. Le sport ? Inexistant. Le temps ? Un luxe que je n'avais pas.
C’est seulement en janvier 2021 que j’ai enfin poussé la porte d’une salle de sport. Je ne connaissais rien, je me sentais un peu perdu au milieu des machines. Mais le vrai déclic, celui qui a tout changé, a eu lieu en septembre 2021. Je m'entraînais dans la salle à côté de l'école quand j'ai croisé un gars. Il s'est mis contre un mur et a lancé un handstand. Juste comme ça. Pour moi, c'était de la magie. Il m'a montré comment placer mes mains, comment gainer, comment utiliser le mur comme une béquille. Ce jour-là, la graine était plantée.
Pendant trois ans, j'ai navigué entre cette salle de muscu et les parcs de callisthénie. La prépa ne m'a jamais lâché les baskets, mais j'ai appris à intégrer l'entraînement comme une respiration nécessaire. Une heure après les cours, peu importe la fatigue, peu importe le froid. Personne ne vérifiait si j'y allais. C'était ma propre discipline, mon propre contrat. Aujourd'hui, je tiens mon handstand 30 secondes sans mur, je maîtrise le muscle-up, et je ressens une immense fierté. La route est difficile, elle est parfois amère, mais chaque seconde passée à s'entraîner en valait la peine.